accueil Slides Chantier d'écriture du DAPSA
01 42 09 07 17
De 9h à 17h
du lundi au vendredi
Nous contacter >

 

Bulletin thématique n°3 : La tâche du lien

"Didascalies" par Marijo Taboada
"Télé travail" par Hélène Rault, Assistante sociale, CSAPA Charonne
"Continuer de rêver ensemble..." par Marie Michal, Psychologue clinicienne
"A l'endroit convenable" par Tommy Caroff
"Eho! Vous me manquez!" par Brigitte Dalet, Assistante sociale

 

 

Didascalies
Par Marijo Taboada

 

Au-delà, à côté, dans la marge de l’énoncé, les didascalies viennent éclairer, enrichir, donner sens au texte. La visioconférence, toute indispensable qu’elle soit actuellement, n’en attaque pas moins le travail du DAPSA dans ses fondements.

Pour mémoire, le premier bulletin de l’ancêtre du DAPSA comportait un édito intitulé « parler pour ne rien dire ». De quoi était-il question ? De toutes ces paroles, gestes, attentions dont le but implicite est de manifester sa présence, sa permanence auprès de l’autre. Ce qu’on appelle aussi « faire signe », « donner signe de vie ».

Le travail de lien se fait selon des lignes de forces faibles, imperceptibles, et c’est l’observation de petits gestes, de regards, de mouvements d’agacement ou d’assentiment qui permet d’évaluer ce qui est en train de se nouer, ce qui permettra de passer de liens interprofessionnels opératoires (et certainement efficaces) à la formation d’un groupe soignant ad hoc autour d’un groupe familial donné.

C’est cela que la visioconférence met à mal : les cases nous permettent d’échanger des informations, parfois des avis. On se voit, ou plutôt on croit se voir car en regardant notre écran, nos regards sont « perdus ». Et surtout les interactions fines se perdent dans les lignes qui séparent les cases.

D’une certaine façon, nous sommes connectés sans être en lien. Sauf à s’obstiner à lutter contre la déliaison à laquelle nous sommes contraints en nous envoyant des « cartes postales » contournant la distance.

 


Merci à Antoine Vasseur pour son dessin

 


 

Télé travail
Par Hélène Rault, Assistante sociale, CSAPA Charonne

 

Je ne rêve plus… Au début du confinement, le télétravail se met en place pour ceux qui le souhaitent et non par obligation. Est-il possible ? Comment ? Pourquoi pas ?

Des accords d’entreprise sont signés, certains font du télétravail un argument pour régler certains problèmes (manque de bureaux, location très coûteuses …).
Nous avons même essayé de travailler en groupe sur le thème « la clinique du télétravail ». Un certain auteur en a même fait un livre de 300 pages !!! Pourquoi pas ?
Tout est possible, se dit-on, et puis nous sommes des êtres pensants, enfin nous l’étions…

Très vite le brouillard m’a rattrapé, des mots techniques sont apparus comme par magie (il faut toujours se méfier de la magie !) : présentiel, distanciel, visioconférence, zoom, team, life size, sécurité des données, s’adapter, partout tout le temps (on est bon !).

Je crois avoir participé au groupe d’échange sur la « clinique du télétravail » une seule fois, je ne me souviens de rien, à mon grand soulagement d’ailleurs. Je trouve que c’est un signe de bonne santé que le télétravail n’ait pas grand succès dans l’équipe.

ABSENCIEL c’est le mot qui me vient, dessèchement de la pensée, de la pensée collective, la technique qui prend le dessus, l’écoute de l’autre mise à mal, faudra-t-il réapprendre des règles de prise de parole en réunion visio ?

La visio justement parlons-en … La vie privée aux yeux de tous … Celui qui mange, le chat qui miaule, les enfants qui passent, les collègues qui vapotent, la fatigue des uns, la concentration qui ne tient plus, les mimiques de nos visages…

Et la télé travaille… les liens qui s’étiolent, la perte de l’activité dans certains établissements, l’isolement de certains et certaines.

Mais ceux qui nous font être là, présents, eux s’accrochent, ne lâchent pas ce quelque chose qui fait qu’une rencontre est possible, même en temps d’épidémie. Il était temps que je les convoque, les personnes avec lesquelles on bosse, les patients, les personnes accueillies, les usagers, les jeunes, les vieux…

Je rêve de retrouver tous mes collègues autour de cette belle table ronde de réunion, les meubles ont leur importance. Je rêve de partager un repas avec eux en terrasse pour fêter la fin du télétravail et aussi des diplômes, des entrées en formation, des naissances, des pacs, des mariages, des promotions.

 


 

Continuer de rêver ensemble...
Par Marie Michal, Psychologue clinicienne

 

La mère rêve pour son bébé, elle l’imagine, le pense, l’inscrit dans un possible à venir, un lieu d’ouverture vers le monde. A notre place au Dapsa, nous réfléchissons avec les professionnels, et parfois peut être aussi que nous les accompagnons à continuer de rêver pour leurs patients, à imaginer d’autres issues, à les inscrire dans d'autres éventualités.

Aujourd’hui le rêve est difficile, l’utilisation de visios pour les synthèses, et pour d’autres réunions en interne, nous fige dans un espace-temps défini, formalisé où l’écart n’existe plus, où le pas de côté ne peut se représenter. La possibilité de laisser place à la pensée devient laborieuse…

Et j’arrive juste, là, au Dapsa… plus de temps passé à la maison devant l’ordinateur qu’en « présentiel » auprès de mes collègues. Après l’enthousiasme et l’énergie des débuts, un manque apparait, celui de profiter de leur expérience pour continuer d’apprendre et développer ma part de créativité au sein de l’équipe. Cette créativité suppose de la spontanéité dans les échanges, des temps de pause, des questions autour d’un café, des moments qui justement ne sont pas anticipés, mais dont l’imprévisibilité les rend encore plus riches et féconds. Ils participent, il me semble, à faire circuler la pensée, à la rendre vivante et possible pour nous-même et bien évidemment pour ceux que nous accompagnons.

Parce que dans cet espace clos, confinement ou pas, il semble encore plus important de dire nos difficultés, de faire sortir les mots pour éclaircir une situation, d’être en lien à l’intérieur du Dapsa comme à l’extérieur avec nos partenaires. Et puis remettre en mouvement les représentations et quelque fois y voir émerger de l’incompréhension, des impossibles, mais au moins ils peuvent être nommés et dépassés. 

 


 

A l'endroit convenable
Par Tommy Caroff, qui est aussi un salarié soumis au télétravail

 

Quand on se rend dans un service, on repère assez vite les différents espaces et leurs fonctions. Sas d’accueil, salle d’attente, salle d’examen, salle de repos, salle de travail, … Chaque lieu a ses rythmes, ses fonctions, son registre de langage et ses postures attendues : aux couloirs les confidences et aux salles de réunions les ordres du jour et parfois de parole.

Nul besoin de poser le cadre. Il est tout indiqué, les murs nous en parlent. Le visiteur sait, comme le résident, s’il se trouve dans un espace qu’on traverse ou qu’on occupe, s’il faut se taire, chuchoter, prendre la parole ou attendre qu’on nous la donne. En certains lieux, la salle de pause du résident ou la salle d’attente du visiteur, on prend la chaise qui nous inspire. Mais dans d’autres, on prend celle qui nous revient. Ou du moins on prend soin de ne pas prendre celle qui ne nous est pas destinée.

Ces situations se mélangent en visioconférence. L’ordre du jour, comme l’Etiquette, suppose plus ou moins explicitement l’ordre des séances. Et il faut bien se raccrocher à quelque chose pour savoir quand prendre la parole, quand rester centrer sur le sujet et quand s’autoriser un pas de côté, une anecdote, un trait d’humour. En fonction des entrées et sorties des participants aux visios, ces non-lieux se reconfigurent. Il appartient à chacun de deviner s’il se trouve encore dans un couloir virtuel ou déjà en salle de réunion, toute aussi virtuelle. Les tons changent, les connivences se manifestent ou se font plus discrètes, les sujets deviennent autorisés ou cessent de l’être : « Croyez-vous que ce soit vraiment le lieu pour parler de ça ? ».

Quand les lieux et les indications qu’ils contiennent viennent à manquer, il faut attendre le bon moment…ou le fabriquer. Longue vie aux jeux de regards et aux apartés ! 

 


 

Eho ! Vous me manquez !
Par Brigitte Dalet, Assistante sociale

 

L’équipe me manque : appui, ressource, échanges informels et à bâtons rompus, tendue parfois par les avis contraires, brouillonne à ses heures, mais riche en débats, en recherche de compréhension d’un monde complexe.

Les voix multiples de mes collègues me manquent. Bien sûr il y a les réunions en visio, les concertations en visio, les échanges par téléphone, bien sûr on se parle, des situations, du réseau, des patient-e-s mais dans tous ces lieux bien carrés, rangés en petites cases côte à côte, on va à l’essentiel, on maitrise maintenant toutes les techniques, on devient efficace, on parle efficace, on pense efficace ?
Bref on rêve moins, on rit moins, on se laisse moins aller à réfléchir tout haut en regardant balbutier ou germer et grandir des idées sages et folles…

Toute seule je me démultiplie, notez bien : deux bureaux, deux ordis, deux téléphones, deux cerveaux ?

Déjà à deux, à trois, en présentiel, même masqué-e-s, on se réajuste, on retrouve un peu d’équilibre. 
Alors le collectif, le groupe qui porte, qui soutient, qui aide à lutter contre la morosité ambiante… Comment faire sans ? Allons-nous perdre aussi ce collectif ? Où est-il ? Dans quelle connexion, dans quelle appli, sur quel fil ?

Il paraît que du manque renait l’envie, la curiosité, la créativité…Vivement le printemps !