accueil Slides Publication des actes de la conférence "Du côté des mères" du 22/05/17 :
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« Du côté des mères »

 

Deux « mamans de choc » et Patricia FONTANNAZ (travailleuse sociale à l’équipe du Rel’aids de la Fondation le Relais)
Paris, le 22 mai 2017

Par respect de la vie privée des « mamans de choc » et de leur famille, les prénoms ont été modifiés

 

           

Avant-propos

 

Le 22 mai dernier, nous avons accueilli dans le cadre de nos chantiers Angèle, Frédérique et Patricia Fontannaz.  Celles-ci sont venues depuis Lausanne  pour échanger avec les profesionnel-le-s de notre réseau et présenter leur film : « Maman de Choc » qui est un travail de co-construction citoyenne et collective d’une pensée sur la parentalité en générale et sur  la parentalité en « situation de toxicomanie ». Ce qui a commencé par  des rencontres de rue, a pris la forme d’un temps de rencontre régulier entre mères : le « Café des mamans ». Puis d’autres perspectives  ont vu jour…

L’invitation à notre chantier, était une proposition à participer à la dynamique  mis en œuvre par nos invitées, une proposition à s’appuyer sur leurs expériences pour réfléchir à, ce que pourrait être une stratégie de santé communautaire autour des questions de parentalité et d’addictions.

 

Soixante-seize professionnel-le-s étaient présent-e-s lors de cette matinée de présentation, parmi elles se trouvaient des travailleurs sociaux (assistants sociaux, éducateurs de jeunes enfants, éducateurs spécialisés, conseillers en économie sociale et familiale) et des professionnels du soin (infirmiers, puériculteurs, sages-femmes, obstétriciens, pédiatres, psychiatre, psychologues).  Ces professionnel-le-s venaient d’horizons variés mais étaient  toute-s susceptibles d’accueillir ou de rencontrer des mères ou futures mères en situation de toxicomanie.

Parmi les lieux d’exercice représentés nous avons pu repérer des équipes d’Aide Educative en Milieu Ouvert, de l’Aide Sociale à l’Enfance, de Centre d’Accueil et d’Accompagnement à la Réduction des Risques pour Usagers de Drogues, de Centre d’Accompagnement Médico-Social Précoce, de Centre Maternel, de Centre Médico-Psychologique, de Centre de Soins d’Accompagnement et de Prévention en Addictologie, de crèche, d’Equipe de Liaison et de soins en Addictologie, d’Hospitalisation à Domicile Pédiatrique, d’hébergements sociaux, de maternité, de Protection Maternelle et Infantile, d’Unité d’hospitalisation mère-bébé, ainsi qu’un professionnel exerçant en libéral.

Nous avons comme toujours recensé les attentes des personnes présentes, leurs opinions sur cette matinée.

Certain-e-s venaient entendre des témoignages, témoignages relatifs à la situation de parentalité en contexte de toxicomanie, relatifs aux liens de ces parents avec les professionnels à leur contact ou au contact de leurs enfants, d’autres venaient davantage pour réfléchir à leurs pratiques, aux représentations qu’on peut se faire au sujet de ces femmes, d’autres encore  venaient découvrir la spécificité du projet de ces mamans de chocs : l’invention d’un espace dédié à ces mères, les façons qu’elles peuvent avoir d’habiter cet espace, d’en faire quelque chose, « un support pour aborder, pour échanger ». Les approches communautaires étant assez peu présentes, les patientes peu sollicitées dans les instances de gouvernance, donner à échanger à partir d’une intervention originale et peu répandue a attiré les professionnel-le-s.

Les participant-e-s ont particulièrement apprécié la qualité des échanges, l’authenticité des prises de positions, en particulier en ce qui concerne les relations de ces mères avec les professionnels. Certains nous ont dit que la matinée avait permis une « remise en question des pratiques professionnelles : du positionnement à avoir et du lien à créer avec les patientes ». Certains ont apprécié une intervention qui participe à « sortir des représentations, en gardant à l'esprit que la prise en charge, au-delà de la personne consommatrice, s'adresse à la femme, à la maman ».

 

Des femmes, mères, souvent habiles à développer des stratégies pour rester invisibles, se rassemblent pour un bout de chemin et aboutissent à la réalisation d’un film diffusé à de nombreuses reprises devant des parterres de professionnel-le-s, sur le terrain ou en formation, et auxquelles elles entendent transmettre quelque chose, c’est assez inédit.

 

Au fil des interventions et des échanges, certains éléments  importants de la démarche, du projet construit ensemble sont éclairés.  Le « café des Mamans » est un projet communautaire : pour les professionnels cela demande d’accepter d’accompagner un processus sans savoir où cela va mener, sans savoir qui va venir, puis ce qui va advenir c’est l’autre qui le porte en lui. La co-construction  cela nécessite de se laisser aller à la rencontre et d’apprendre à faire avec ce qui vient. L’approche communautaire permet de faire émerger les capacités des personnes jusqu’alors invisibles, à leurs yeux et aux yeux des autres  et de leur donner une forme qui va permettre la communication. L’approche communautaire fonctionne avec  les ressources des participantes soutenue par la présence tenace, attentive et continue de la professionnelle.

Le groupe constitué est un groupe non mixte de mères en situation de toxicomanie plutôt qu’un groupe de mère « tout court ». L’entre soi crée un lieu où se confier sans répercussion. Le groupe est ouvert, il est à géométrie variable, plus ou moins grand, on y adhère librement, la confidentialité y est garantie. On peut prendre le temps de l’observation avant d’y venir. Le groupe crée un espace d’échanges « intimes » et d’un autre côté est aussi  un espace de construction d’une mobilisation citoyenne que le groupe partage avec l’extérieur via le film. Et quoi qui se passe, la professionnelle assure la continuité.

 

Le  «Café des mamans » a donné une première forme aux rencontres des femmes. Cette forme a donné naissance ensuite au  film, qui a été pensé comme un média pour aller vers les professionnel-le-s, pour pousser plus loin les rencontres et les échanges avec les professionnel-le-s, pour lever certaines incompréhensions, pour combattre certaines représentations. Cela est sans doute salutaire qu’on puisse nous rappeler que « rapporter tout à la consommation de produits psychoactifs peut être source d’aveuglement » ou que le dosage des urines n’est pas un indicateur pertinent de la qualité de la parentalité ! Plus globalement, la présentation d’Angèle, Frédérique et Patricia Fontannaz, illustre l’intérêt que peuvent avoir dans la relation d’aide les postures et stratégies de  co-construction.

 Jeunes femmes au café, Paris, 1929

 

 

Actes de la conférence «  Mamans de choc »

 

Patricia FONTANNAZ (Travailleuse sociale hors murs)

Je suis ravie d’être là avec Frédérique et Angèle, nous venons de Lausanne, une petite ville en Suisse. J’aimerai remercier vraiment l’équipe de choc du DAPSA, qui nous a invité, qui nous a accueilli déjà hier. Tout a commencé par une rencontre avec Rosine REAT à Lausanne, une petite rencontre, on a déjeuné ensemble un jour à Lausanne et on a partagé. Ce sont toutes ces rencontres qui font que ça créé des passerelles, les rencontres ça rend possible d’échanger et de partager surtout ce projet. Merci beaucoup donc à cette équipe du réseau DAPSA.

Je m’appelle Patricia FONTANNAZ, je travaille dans une fondation, la fondation le Relais, qui est une fondation qui travaille avec des adultes en difficulté. Dans cette fondation je fais partie d’une petite équipe, constituée de quatre travailleurs sociaux de rue, nous sommes deux hommes et deux femmes. Nous avons des mandats de la ville de Lausanne, par la ville du canton de Vaud et aussi par la Santé Publique. C’est du travail social hors mur, nous n’avons pas de bureau, c’est le travail social d’aller vers, rejoindre les personnes qui sont confrontées à la toxicomanie, à la marginalité, rejoindre les personnes là où elles sont, là où elles se rencontrent que ce soit les espaces publics ou les espaces plus secrets, plus cachés comme dans les appartements, les recoins, là où nos pas nous mènent par les liens que l’on tisse au fil du temps.

Les principes de base du travail social de rue, que vous connaissez j’imagine aussi ici, c’est la souplesse, la disponibilité, la mobilité surtout. Nous avons une voiture de fonction pour cheminer, ajuster notre pas avec les personnes, mais surtout la souplesse et la disponibilité pour être là quand c’est le bon moment pour la personne. Nous n’avons pas de permanence, on travaille plutôt avec la notion d’impermanence pour les rejoindre là où elles sont au fil des rencontres. Cela m’a permis de construire cette posture de médiateur, de facilitateur et de rejoindre les personnes avec ce qu’elles sont et de pouvoir rencontrer au fil du temps des femmes. Elles ont davantage ce talent d’équilibriste entre la marge et la norme, elles développent surtout je pense des stratégies pour rester invisibles et c’est vraiment au fil des années que les liens se sont tissés, par la confiance, la légitimité et qu’elles m’ont révélé leur combat pour être reconnu à part entière en tant que maman. J’ai peut-être aussi entendu ce combat de par mon parcours en tant que maman. Elles m’ont partagé ce besoin d’être reconnu à part entière, de dire « mais nous, nous n’avons pas d’espace pour exprimer nos préoccupations, on a l’impression que ça se retourne toujours contre nous, par une sanction quelconque, parce que nous sommes jugés sur nos incompétences ». De là, elles m’ont donc demandé d’avoir un espace à elles. J’ai donc saisi la balle au bond, en disant « ok, quand est ce qu’on se voit ? ou est ce qu’on se voit ? », ça a démarré comme ça, c’était en 2010.

J’en profite pour saluer Frédérique et Angèle, parce que sortir de l’ombre ce n’est pas rien, prendre le risque c’est prendre le risque pour nous en tant que professionnel, d’accompagner, de leur faire confiance, de travailler avec ces trésors qu’elles nous délivrent, que l’on peut voir à l’œil nu parfois, mais ce sont elles qui prennent le risque de venir échanger parce qu’elles ont souhaité le faire dans de bonnes conditions. C’est tout cela que j’ai entendu au fil du temps, et surtout avec une légitimité institutionnelle, ça aussi c’est très précieux. Il y avait toujours mon équipe et ma direction me disait « vas-y ! je soutiens cette posture, même si je ne sais pas où tu vas ». C’est ça aussi l’approche communautaire, c’est accompagner un processus sans savoir où cela va mener, cette part d’imprévisibilité, à l’heure où il faut toujours tout justifier, rendre des comptes, presque dire à l’avance ce qu’il va se passer. Là, c’était non, ce n’est pas possible donc il y a cette part d’imprévisibilité que j’ai pu oser dans les bonnes conditions. La première fois c’était, « on se voit où ? dans un café ? ». Evidemment je n’ai pas de bureau, l’une des conditions importantes je pense, c’était des rencontres dans des espaces informels, là où c’est possible sans jugement. Je travaille sans dossier, cette légèreté et cette souplesse avec la garantie de confidentialité de l’anonymat, tout ça a fait que ce sont de bonnes conditions pour oser et partager avec cette casquette de maman sur la tête. Cela a commencé comme ça, c’est tout ce vertige de dire « mais qui va venir ? Est-ce qu’il faut un certain nombre de maman ? Où est-ce que cela va mener ? ». Le sens s’est construit petit à petit, ça a bousculé ma posture, mes repères, de plonger et de construire cette réciprocité, cette co-construction. C’est devenu au fil du temps, le café des mamans, des mamans de choc comme elles se sont baptisées. Au départ c’était trois mamans qui se connaissaient plus ou moins, mais il y a toujours eu une histoire depuis les années 80, 90, elles se connaissent, il y a toujours un repère. Elles étaient trois mamans à définir les règles du jeu de cet espace, et elles ont très vite décidé que c’était un espace non mixte, ça faisait partie pour elles des bonnes conditions, pour se dire, pour échanger et partager. Elles sont venues échanger dans un café lausannois que l’on avait choisi soigneusement, ce n’était pas n’importe quel café et petit à petit elles ont dit « on aimerait pouvoir échanger sur les représentations, les préjugés qui nous enferment, qui nous enlisent et avoir un support ». L’idée du film est venue assez rapidement, un film pour rejoindre, aller vers les personnes, surtout les professionnels qui accompagnent leur enfant et les professionnels qui les accompagnent dans leur addiction, c’était vraiment ça l’idée du film, un support pour aborder, pour échanger.

Je suis donc revenue vers mon directeur, je lui ai dit « tiens il y a l’idée de faire un film », il me dit « tiens j’ai une petite caméra ». Je suis retournée au café des mamans avec cette caméra, en disant « bon alors qu’est-ce que tu veux dire au sujet de la parentalité ? qu’est ce qui est important ? ». J’ai dû me former en technique vidéo. J’ai alors rencontré une femme, Marie Tabasson, qui avait déjà fait des reportages pour l’association « Terre des hommes » et qui était intéressée par ce projet, et elle me dit « si tu as besoin d’aide, je viens volontiers ». C’est comme ça que mon directeur l’a engagée et qu’elle est arrivée au café des mamans avec sa grosse caméra, c’était très impressionnant. Le scénario n’était pas du tout écrit à l’avance, il s’est fait en faisant, il y avait toujours cette part d’inconnu avec elle qui arrivait aussi dans cette action, avec son regard, qui a ensuite mis les images bout à bout, qui nous les a montrés et ça s’est fait comme ça. C’est le film que l’on va vous présenter aujourd’hui, il dure 27 minutes et il a mis 9 mois d’ailleurs pour se réaliser ! Je suis le témoin de ce chemin et de ces trésors que ces femmes ont parcouru, au café des mamans mais ça a éclaboussé aussi ailleurs dans la rue, les autres femmes, les autres mères et les autres pères de l’espace public qu’elles rencontrent, qui entendent parler du Café des mamans, d’un film. Il y a quelque chose qui est en train de se mettre en route, une mobilisation pour pouvoir trouver une place. Une fois que le film a été réalisé, la question a été « qu’est-ce que l’on va faire ? ». Tout de suite c’était très clair, ce film il ne sera pas visualisé sans nous. On allait pas le distribuer, que les personnes ne soient pas confortablement installées sur leur canapé à la maison, non ! Pour bousculer les représentations, les idées, les perceptions, c’était on veut être là, on veut partager, c’est pour ça qu’elles sont là aujourd’hui. Il a fait sa vie ce film, on l’a présenté depuis 2012 dans différents contextes, c’était toujours le bon moment, on n’a jamais fait de publicité. Nous l’avons présenté déjà plus de 60 fois, dans différents contextes, que ce soit dans des écoles sociales pour les futurs travailleurs sociaux, dans différentes équipes, auprès de médecins, dans différents espaces. Ainsi, c’était prendre la parole, sortir de l’ombre…

 

Angèle (maman de choc)

 

La seule chose c’est qu’il n’est pas toujours présenté par nous deux, en tout cas accompagné par nous deux, c’est un groupe de mamans, ce n’est pas parce que nous nous sommes dans le film que l’on veut être présente, ce sont d’autres mamans aussi qui accompagnent le film.

Patricia FONTANNAZ (Travailleuse sociale hors murs)

Il y a toujours eu cette ouverture d’accueillir, de créer les bonnes conditions à d’autres mamans qui avaient envie, de partager, de prendre la parole. On vous laisse découvrir le film, et ensuite après on aura l’occasion d’échanger.

 

*** Projection du film ***

 

Frédérique (maman de choc)

Je pense que les problèmes sur la parentalité, n’ont aucune frontière, toutes les mères et tous les pères se posent les mêmes questions, que ce soient des parents ayant des difficultés ou non. J’ai vraiment fait ce film dans l’espoir que l’on arrive un jour, à ce que le professionnel n’oublie pas que le parent en difficulté reste le parent. Je pense aussi, qu’il n’y a pas de bons ou de mauvais parent, c’est juste que l’on a besoin d’aide. Ce que je voulais, c’était que la personne qui s’occupait de moi me demande ce que j’ai besoin, parce que moi je sais ce dont j’ai besoin, et bien souvent le professionnel va dire « je sais ce dont vous avez besoin ». Ainsi, il sait ce que j’ai besoin pour mon enfant, c’est important. Dans le cas où les enfants sont placés, c’est important que le lien ne soit pas coupé avec les parents, que l’on arrive à trouver des solutions, que tout se fasse ensemble, parce que malheureusement nous sommes un peu à l’écart.

Par exemple, quand vous avez une situation pour laquelle vous avez un dossier, il faut que vous voyiez la personne et que vous lisiez le dossier seulement après comme complément d’informations, parce que l’on se fait une idée quand on a un dossier. Moi si vous lisez le mien, vous n’êtes plus là ! Je suis serial killer, avec tous les troubles psychologiques. Il faut aussi s’adapter et avoir un contact visuel.

Je suis contente d’être là, et je crois vraiment que les choses vont bouger, et j’espère que pour les prochaines femmes ça va être porteur de quelque chose de bien. Comme je disais hier lors de la rencontre avec l’équipe du DAPSA, j’ai lu un livre d’Anna Gavalda qui s’appelle « Ensemble c’est tout ». Je pense que les parents, les réseaux, les professionnels, c’est important qu’ils se mobilisent ensemble et tout ira bien. On peut arriver à se réunir pour trouver des meilleures solutions. 

 

Angèle (maman de choc)

Moi il y a une chose que j’aime bien expliquer au début, d’après ce que j’ai compris de toutes les personnes, j’espère du moins que vous êtes au courant. J’aime bien parler de la sexualité de ces femmes, dont moi, qui en fait dans la toxicomanie ont une absence de règles et qui pensent toutes qu’elles sont stériles. Ce n’est pas le jour où on est dans la rue, que l’on se dit « super, en plus je suis pas assez dans la merde, je vais faire un bébé !». Non ! ça arrive un jour ou justement on pense que l’on est stérile, on tombe amoureuse, on change de pays, on fait une thérapie, et puis ce jour-là, on rencontre quelqu’un, le corps recommence à fonctionner et le bébé arrive à ce moment-là. Il faut arrêter de croire que les toxicomanes font des bébés pour se dire « oh bah ça va peut-être me sauver la vie ». Déjà quand on change cela, on peut changer le regard que l’on porte sur ces femmes qui ont des enfants. Pour ne rien vous cacher, je pense que même les médecins ne sont pas tellement au courant de ça, et je pense qu’il y a pas mal de prévention à faire pour les jeunes femmes qui ne connaissent pas elles-mêmes le fonctionnement de leur corps. S’il y avait des mesures préventives, elles seraient moins surprises par leur grossesse, et le ferait peut-être à des moments plus propices de leur vie. Elles se retrouveraient moins seule, parce que bien souvent malheureusement le père il continue à dealer, à faire sa vie et c’est la femme qui vit la grossesse. Ce ne sont pas des couples très solides à ce moment-là. Ça ne veut pas dire que l’enfant n’est pas désiré. Moi je vivais en Colombie quand j’étais enceinte, ce n’était pas dans mes projets de faire un enfant vu mon état, mais voilà ça m’a fait avancer les 20 années d’après. Il y a tout un travail de prévention à faire.

 

Marijo TABOADA (Médecin psychiatre au DAPSA)

J’ai une petite question, comme ça a été dit très vite et que je pense que c’est un sujet compliqué et que je ne suis pas sûr que l’on soit tous du même avis, ma question c’est pourquoi avez-vous décidé de faire un espace non mixte ? C’est un sujet de conversation qui parait très important.

 

Angèle (maman de choc)

Il faut expliquer pourquoi déjà, dans un parcours de vie, pour la plupart de nous, il ne suffit pas d’être dépendantes pour avoir des soucis avec les hommes. Dans cette situation c’est encore plus compliqué, on a souvent vécu des trucs pas très cool avec les hommes. Donc, de faire ce groupe de femmes, c’était pouvoir parler aussi de toutes ces difficultés. Ce n’est pas le fait de ne pas vouloir les faire venir mais c’est que ça nous aurait empêché de sortir des douleurs, des souffrances, de les partager entre nous, de se dire « toi aussi tu as vécu ça », « moi je me suis retrouvée de l’autre côté du monde, enceinte toute seule ». On est en train de regarder de leur côté maintenant, parce qu’il y a pleins de pères qui s’intéressent à faire ça aussi, ce qu’on trouve très bien d’ailleurs. Le but de faire cet espace non mixte c’était ça, on a toutes eu des trucs vraiment pas sympas et c’était un choix dès le départ.

 

Patricia FONTANNAZ (Travailleuse sociale hors murs)

C’était leur choix. Nous avons échangé sur cette condition de non mixité, on l’a réfléchi, ça s’est construit avec elles, et moi j’ai accompagné ces bonnes conditions. J’étais là pour créer ces bonnes conditions qu’elles nommaient et celle-ci en était une qui a été assez vite posée. Je pense aussi que dans l’histoire de ce processus, de ce parcours on peut aller vers l’ouverture.

 

Marijo TABOADA (Médecin psychiatre au DAPSA)

Maintenant que c’est consolidé ?

 

Patricia FONTANNAZ (Travailleuse sociale hors murs)

Oui.

 

Angèle (maman de choc)

Mais même pas en fait, parce qu’il y a d’autres femmes qui arrivent, qui sont en pleine difficulté, dans leur couple, avec leur bébé, elles ne viendraient pas nous voir au café s’il y avait des hommes, elles ne pourraient ni se livrer ni se confier. Donc faire des réunions de temps en temps si les papas forment un groupe « le café des papas », volontiers, mais ça ne pourrait pas être le même cadre.

 

Frédérique (maman de choc)

Même si ce groupe est là pour nous soutenir, qu’il nous donne de l’aide et nous fait du bien, nous sommes aussi à la base un groupe de femmes, on parle de tout comme toutes les femmes ; d’hommes, de films, de maquillage, de l’amour est dans le pré ! Je ne pense pas que les hommes s’amuseraient forcément. La force de ce groupe c’est aussi de ne pas dramatiser cette problématique, on aime avoir cette touche d’humour, on ne peut pas arriver là en disant « oh mon dieu nous sommes des pauvres toxicomanes ». On sait aussi faire venir dans ce groupe des gens dans la normalité et c’est cela aussi que j’aime dans ce groupe. On ne parle pas que de notre problématique, on donne des conseils pour les enfants. S’il y a une femme qui a une consommation active, on peut la soutenir, mais surtout il n’y a aucun jugement et aucune admission pour rentrer dans ce groupe. A Lausanne, le médecin cantonal, quand vous êtes en cure de méthadone, quand on accouche, on a un signalement à la protection de la jeunesse, et pour eux être une bonne mère c’est faire des prises d’urine négatives et aller aux rendez-vous donc si ça s’en tient à ça d’être mère, moi j’en fais 10 des enfants ! A un moment donné, faut qu’ils arrêtent. Les prises d’urine pour moi ça ne veut rien dire, on sait que maintenant la médication elle est autorisée chez nous dans des centres, les gens consomment quelque chose qui est la même molécule donc ils seront automatiquement négatifs. Par contre, le bien-être de la mère, savoir si elle a des difficultés, ils ne s’en soucient pas, le but c’est d’avoir la prise d’urine négative pour garder ton enfant, c’est complètement stupide, ce sont les critères du mode d’emploi pour être un bon parent qui est un peu pour moi exagéré.

 

Patricia FONTANNAZ (Travailleuse sociale hors murs)

C’est vrai que c’est un peu un espace de solidarité entre ces mamans, où elles viennent, elles ne viennent pas, parfois elles mettent du temps à venir, à monter au café parce qu’il y a un étage. Pendant presque une année, il y avait une femme qui était toujours là à 9 heures avant que le café ouvre mais elle ne montait jamais. L’autre jour j’étais-là, je suis toujours là, j’envoie des sms la veille aux mamans que je connais, après elles-mêmes elles partagent en disant « il y a le café des mamans, tu connais ? ». Il n’y a pas longtemps, il y a une femme qui arrive qui dit « c’est ici le café des mamans ? », je lui réponds « oui c’est ici », et en fait elle avait rencontré ailleurs par hasard Frédérique qu’elle ne connaissait pas, c’était une rencontre incroyable.

 

Frédérique (maman de choc)

Il y a beaucoup de personnes à Lausanne, il y en a une qui me dit « je peux vous demander une clope ? j’ai un réseau (rendez-vous relatif à la protection de l’enfance) pour mon enfant », je me suis dit « Ouille, ça tombe sur moi », je lui ai parlé de ce groupe, et je pense qu’elle a dû le sentir en se disant que j’avais un truc. Ça m’a permis de lui parler de ce groupe, et petit à petit ça a évolué.

 

Salle

Juste un commentaire par rapport à la non mixité, je suis Abdon Goudgo au Samu social de Paris et en parallèle je suis administrateur d’une association de femmes qui s’appelle Ikambere. Nous avons fait le choix aussi de la non mixité, donc comme homme je me fais discret et je demande l’autorisation pour venir dans le temps des conseils d’administration qui est mixte, mais à part le temps du conseil d’administration, le temps de vie des femmes appartient aux femmes. Je reconnais que c’est assez proche de votre parcours sauf que ces femmes-ci ne sont pas toutes touchées par la relation à la drogue mais elles ont été chassées ou jetées de leur famille par le simple fait d’être séropositive. Souvent le mari (qui me ressemble un peu), a des soucis, « Où est-ce que tu as été chercher ça ? » et ne se pose pas la question de savoir comment ça s’est passé dans sa relation…non, donc tu prends la porte avec ta séropositivité et débrouilles toi ! La mixité aurait certainement empêché l’évolution de la parole, donc de temps en temps je suis en position d’homme ici car je suis un homme mais je reconnais l’importance d’un travail de non mixité pour permettre aux personnes de se dire les choses. C’était un point de témoignage pour renforcer la démarche de votre groupe.

 

Frédérique (maman de choc)

Par contre on a remarqué au dernier débat que nous avons eu avec des étudiants, qu’il y avait de plus en plus d’hommes qui voulaient faire ce travail et moi je trouve ça super. J’ai un adolescent et je trouve bien qu’il y ait un éducateur homme en face de lui et non pas une femme, parce qu’il y a eu un problème maternel, un problème de psy lié à l’adolescence et je pense que pour lui avoir un assistant social homme, ça lui fait le plus grand bien. J’ai dit à ces étudiants que j‘étais ravie de voir qu’il y avait des hommes qui font ce travail parce qu’à un certain âge pour les enfants, il y a l’absence du père, ça peut être une figure paternelle pour le petit ou le grand.

 

Salle

Moi je peux vous apporter un autre témoignage, je m’intéresse beaucoup à la question de la parentalité et j’ai mis en place des groupes de parole non mixte pour les hommes et je pense que ce qui se dit dans le groupe homme n’est pas tellement différent de ce qu’il peut se dire dans le groupe des femmes. Pour l’instant ils sont quatre, ils ont des questions et des réflexions assez profondes, ils s’interrogent beaucoup sur leur parentalité mais c’est intéressant de voir que ça commence à démarrer et qu’il y a une demande de la part des hommes.

 

Angèle (maman de choc)

Oui parce qu’ils ont encore plus de bâtons dans les roues pour voir leur enfant dans ces situations où il y a une séparation, car souvent ils ne vivent pas avec l’enfant.

 

Salle

Comme vous le disiez tout à l’heure, il y a une sorte de normalité, les gens que j’accueille là, c’est tout le monde, tous les hommes qui veulent venir peuvent venir. Au-delà de ça on parle de leur parentalité, de comment ils se sentent de devenir père et comment ils se sentent dans la relation avec l’enfant. Il y a aussi beaucoup de questions de comment ils sont dans la relation avec leur compagne, comment ils arrivent à construire quelque chose du couple conjugal, du couple parental.

 

Frédérique (maman de choc)

Vaut mieux être quatre que zéro, l’important c’est la qualité pas la quantité. Nous parfois nous sommes deux au café des mamans, parfois nous sommes plus nombreuses. Je pense qu’il faut laisser cette liberté aux gens de venir, l’important c’est que ça serve au moins à quatre. Je pense que pour les hommes, parler de leur émotion et de leur difficulté c’est quelque chose qui est difficile, nous on a un peu plus de facilité je pense, mais continuez car je pense qu’ils en ont besoin aussi.

 

Marijo TABOADA (Médecin psychiatre au DAPSA)

J’avais envie de revenir sur une petite scène qui te concerne Frédérique, parce que ça m’a beaucoup frappé. Quand tu rapportes la façon que l’on a de procéder dans le canton de Vaud, ici ce n’est pas parce qu’il y a une femme qui est consommatrice de produit illicite qu’il va y avoir signalement, ce n’est pas du tout systématique, donc on ne peut pas superposer. De plus, nous sommes ici témoins, qu’en une vingtaine d’années la situation en Ile de France a considérablement changé dans l’accueil de ces familles, je dis « famille » parce qu’il y a eu aussi la place des pères qui a été un peu plus compliquée que l’accueil des mères. On a commencé par bien accueillir les femmes enceintes. Ce qui m’a paru important dans ce que tu dis, c’est comment on arrive à se décentrer de la question de la consommation. On peut aussi réfléchir par rapport à des tas d’autres situations et tu le dis à un moment donné, c’est le droit d’aller mal et que le droit d’aller mal ne soit pas forcément apposé à la consommation du produit. Nous sommes des humains, et même parfois les femmes non consommatrices font parfois des enfants parce qu’elles tombent amoureuse, et j’espère que ça arrive souvent d’ailleurs, tant qu’à faire, c’est une bonne raison d’en faire un…Comment pourriez-vous nous parler un peu de cette façon, cette possibilité que tout ne soit pas rapporté à la consommation au produit ? Et que comme tout humain, il y a des moments où ça va bien, des moments où ça va mal.

 

Frédérique (maman de choc)

Le problème c’est que déjà à la base, la toxicomanie n’est pas reconnue comme une maladie donc il faut toujours qu’il y ait un autre symptôme à côté pour que l’on soit crédible d’avoir besoin d’aide. Quand on est dans notre situation c’est très difficile de dire que l’on ne va pas bien parce que ça apporte beaucoup de conséquences ; un rapport, l’assistant social qui va arriver en disant elle ne va pas bien c’est à cause de la consommation et ce n’est pas forcément vrai. Je peux ne pas être bien et être fatiguée sans forcément avoir de consommation. Une fois que l’on a pris un peu de recul, je sais que j’ai des alliés dans les professionnels, on en a tous. Ça peut être le pédiatre, la psychomotricienne, l’assistante sociale, mon infirmière. Je dois apprendre à trouver des personnes à qui je puisse me confier sans qu’il n’y ait de répercussion. Par contre, donner sa confiance à un professionnel ça prend beaucoup de temps, parce que j’attends beaucoup de lui au niveau du secret, au niveau de ce qu’il peut m’apporter, au niveau de la franchise. Angèle disait une fois « je ne veux pas de cette stigmatisation, que l’on nous regarde tout le temps avec le regard que nous sommes des toxicomanes ».

Après quelques années, je me suis faite opérer de quelque chose de tout à fait anodin à l’hôpital, c’était marqué sur le papier « Frédérique ex toxicomane », ça veut dire quoi ? Tout le monde peut voir et pour moi ça ne veut rien dire « toxicomane », « ex toxicomane », j’ai gradé ? je ne sais pas ! Si l’on est dans une consommation active avec un contrôle de loupe des services sociaux, c’est très difficile d’avouer que l’on ne va pas bien. C’est ce qui fait des dégâts, la mère va rester à la maison, elle ira de plus en plus mal, si ça se trouve elle va encore plus rechuter que s’il y avait des visites à domicile. Personnellement, je prêche beaucoup pour les visites à domicile. Il faut vraiment se rapprocher des gens pour leur donner de l’aide, mais c’est vrai que moi encore aujourd’hui, si je dis que je ne vais pas bien et qu’il y a des conséquences sur mon fils, ça prend une petite voie qui arrive à l’assistante sociale et ça c’est dramatique. On a quand même des alliés, il ne faut pas dire que tous les professionnels sont des bourreaux ou sont méchants. Avec le temps, j’ai appris à les prendre comme des alliés, ils m’accompagnent en fin de compte, c’est une aide et ce ne sont pas eux qui décident à ma place.

 

Marijo TABOADA (Médecin psychiatre au DAPSA)

Est-ce que les enfants viennent avec vous au café ? Est-ce que ça arrive que les mamans viennent accompagnée de leur enfant ?

 

Angèle (maman de choc)

Les mamans qui ont des petits oui, mais les enfants qui ont 15-20 ans ils ont autre chose à faire !

Il n’y a jamais d’heure d’arrivée, Patricia elle est là entre 9h et 11h, on peut arriver quand on veut, on a pas besoin de signer une feuille, ni de passer aux toilettes pour faire pipi ! C’est le seul groupe que je connaisse ou l’on pas besoin de faire pipi dans un gobelet pour avoir le droit de parler.

 

Patricia FONTANNAZ (Travailleuse sociale hors murs)

C’est vrai qu’il y a encore un blocage entre l’abstinence par rapport à l’évaluation de la parentalité et c’est pour cela aussi que le café des mamans a souhaité mieux documenter la question de l’accompagnement. On a continué après le film, ça nous a donné l’idée de réaliser un petit guide pour les professionnels, et c’est comme ça que mon directeur a engagé une chercheuse qui a mené une recherche sur le canton de Vaud sur l’accompagnement de la parentalité en situation de toxicomanie. C’était l’idée d’interviewer les professionnels concernés.

 

Angèle (maman de choc)

Après le film on voulait faire autre chose, ne pas s’arrêter au film, continuer de faire quelque chose pour avancer et on s’est dit que ça pourrait être sympa de faire une petite brochure sur la parentalité que l’on trouverait dans les cabinets médicaux. Il y a une maman qui avait trouvé un joli titre qui disait « les questions que l’on se pose et les réponses que l’on suppose ». L’idée aussi était de voir la différence sur comment la parentalité était vue par les mamans dépendantes et par les professionnels, ou était la différence. Une chercheuse a donc été engagé, et tout à coup nous avons appris que ce projet que l’on avait envie de faire, à savoir participer comme on l’avait fait pour le film, aux débats, avait été récupéré par une chercheuse, que tout allait se faire dans un petit coin et que ça allait faire une brochure de plus qui allait atterrir dans les bureaux. On a donc tapé du poing sur la table, en disant « ça c’est un peu notre projet » et du coup là j’aurais dû me taire car ils m’ont introduit dans le comité de pilotage ! Je me suis retrouvée avec le médecin cantonal, avec des dossiers dans lesquels je ne comprenais pas un mot sur deux. Après une séance, même eux n’arrivaient pas à communiquer, je suis sortie de là-bas en me disant comme dit Frédérique « chacun veut sa médaille », ceux qui défendent les enfants et ceux qui défendent les parents. Ces gens-là n’ont encore pas compris qu’un enfant et un parent ça ne fait qu’un, c’est ensemble qu’il faut les élever et non pas séparément. Ça a duré deux ans et il y a une recherche qui est sortie.

 

Marijo TABOADA (Médecin psychiatre au DAPSA)

Vous y avez participé ou pas finalement ?

 

Angèle (maman de choc)

Oui, moi j’étais dans le comité de pilotage mais après il y avait des groupes de professionnels, des pédiatres, des psychologues. Il y a un axe de la parentalité qui met en avant comme quoi nous ce qui nous préoccupait le plus pour notre enfant c’était son avenir, qu’il soit en accord avec lui-même. C’était une question que les gens qui n’avaient pas ces problèmes, se posaient moins. Ce n’était pas les mêmes axes qui étaient mis en valeur.

 

Patricia FONTANNAZ (Travailleuse sociale hors murs)

Ce qui est important c’est que dans tout ce processus, il y avait des enjeux, c’était peu documenté l’accompagnement de la parentalité, entre les services de protection de l’enfance qui travaillent avec les adultes et les politiques, il y avait pas mal d’enjeux, de tensions. La chercheuse a mise en place le processus de recherche action, du coup c’est au fil du processus que ça a permis de modifier les postures des uns et des autres et déjà là ça a permis justement de créer du lien.

Le rôle d’Angèle dans ce groupe a aussi modifié les représentations, les regards pour construire ensemble ces recommandations, qui, je l’espère vont se transformer en modification, en action. Il y a beaucoup de recommandations autour de la formation, par exemple les professionnels de la petite enfance, la vision de la consommation globale, également des recommandations pour former les professionnels avec des espaces de concertation entre ceux qui accompagnent les parents et ceux qui accompagnent les enfants, des pistes comme ça. Chez nous il n’y a plus du tout d’espace d’accueil enfant-parent, quand un parent veut se soigner, il doit se séparer de son enfant. C’est aussi tout ça qui va permettre avec cette implication des mamans qui ont eu l’envie de se mobiliser, de les impliquer à la table des négociations pour faire avancer ce projet. Je pense que chaque rencontre et chaque parole qu’elles prennent, donne une légitimité aux autres parents de poser la question, c’est par cet effet ricochet. Le passage du « je » au « nous » ça donne du sens pour les autres.

 

Marijo TABOADA (Médecin psychiatre au DAPSA)

En France, il existe bien une association des usagers de drogue, qui est très peu traversée par la question de la parentalité, ce n’est pas son sujet essentiel de réflexion. En revanche c’est vrai que l’on peut trouver des professionnels sympathiques qui peuvent être des portes paroles, mais un porte-parole ce n’est jamais la vraie parole c’est la parole de quelqu’un que l’on peut supporter de la façon la plus honnête qu’il soit mais il y a toujours un petit quelque chose qui s’infiltre qui fait que l’on déforme la parole aux autres. Même si on ne le veut pas, on l’a déforme, c’est évident.

 

Frédérique (maman de choc)

Je voulais juste revenir sur quelque chose, Je pense que vous le savez, je le dis aux assistants sociaux et aux éducateurs, parfois certaines situations sont bloquées parce que simplement c’est une histoire de feeling. Il y a des situations qui n’avancent pas, parce que ça ne joue pas avec celui qui est en face. Ce ne sont pas les compétences que je remets en doute.

Par exemple, nous au service de la protection de l’enfance, on nous met une assistante sociale en face de nous, on ne peut pas changer. Donc vous vous rendez compte, si on ne s’entend pas, le parent en pâtit et l’enfant en pâtit. Il faut juste accepter que parfois c’est juste une histoire de personne à personne.

Une deuxième chose, quand vous vous occupez d’une situation de parent, peu importe leur difficulté psy, ou d’addictions, on se retrouve face à un nombre de professionnels important. Quand j’étais enceinte, je me suis retrouvée face à 8 et 12 personnes qui allaient me demander comment j’allais être maman avant qu’il soit là.

Quand on est sur une situation de fragilité, on se retrouve avec beaucoup de professionnels. Un jour quand j’ai arrêté ma cure de méthadone, tout à coup c’était Frédérique est guérie, elle n’a plus besoin de personne. Et c’est là que ça a commencé à merder car il n’y a pas que le côté addiction, il y a le côté émotionnel, comme une sorte de petit sevrage de professionnel…Moi depuis toute petite je vois des gens, on s’occupe de moi, j’ai eu des difficultés non liées à moi mais dues à ma situation familiale, et un jour on m’a dit Frédérique c’est bon, elle est forte ! Essayez de comprendre que les gens qui ont des fragilités il ne faut pas les laisser comme ça dans la nature sans rien, peut-être faudrait-il nous habituer à être autonome même si ce n’est pas facile quand on gère tout à notre place. Il y a des curatelles pour l’administration, il y a le médecin pour ci. C’est important de dire qu’il ne faut pas nous planter comme ça.

 

Marijo TABOADA (Médecin psychiatre au DAPSA)

La parentalité c’est quand même un sujet intime, chacun devient parent entre lui et lui tout seul, parfois à deux, enfin c’est peut être quand même tout seul que ça se passe mais c’est aussi un sujet collectif, un enfant il appartient à la communauté humaine, on a le droit de regard sur lui, ce sont des sujets très polémiques, et je me dis qu’au sein du café des mamans, vous n’avez peut-être pas la même opinion sur tout. Comment vous en discutez entre vous ? Comme Angèle était au Comité de pilotage, j’imagine qu’il fallait prendre l’avis du groupe et qu’il y a dû y avoir des désaccords.

 

Frédérique (maman de choc)

Moi je pense que l’on ne parle pas de nous, mais on parle d’elle, de la situation globale des mères dans la parentalité et que l'on peut quelque part ne pas être d'accord avec ce qu'elles disent. Je pense aux autres et non pas à mon histoire, alors oui parfois je vais donner une anecdote. En tout cas moi j’ai rarement vu des mamans qui n’étaient pas d’accord sur quelque chose. Des fois ça arrive que l’on se dispute pour des débats où l’on n’est pas d’accord mais c’est parce que l’on a deux caractères différents, elle a des sujets qu’elle va maitriser et moi d’autres, ou que j’aime parler et elle ce sera d’autres. On a réussi à avoir une complicité, que ça devienne un échange. Moi je dis toujours, les questions qui me dérangent je peux les assumer, c’est ce qui fait avancer. Je suis là pour un débat, pour une cause, j’ai envie que ça avance.

 

Patricia FONTANNAZ (Travailleuse sociale hors murs)

Les mamans peuvent se confronter aussi par rapport à la prise de risque, tout ce discours autour de la réduction des risques, elles partagent, elles se soutiennent, elles peuvent dire « je consomme ». C’est partager ces problématiques entre elles autour de thématiques pour lesquelles elles sont plus ou moins d’accord.

 

Frédérique (maman de choc)

Il y a une maman qui nous a dit, « ce weekend je vais certainement aller faire une consommation », alors moi dans mon cœur ça me rend triste parce que je me dis « mais tu te rends compte des risques que tu prends, qu’est-ce qu’il va se passer ? ». Je ne peux pas l’interdire mais je respecte aussi sa décision et la consommation active, je l’ai été, je sais ce que c’est mais je me permets de lui dire qu’elle prend des risques. On est assez bienveillant. De temps en temps ça monte mais c’est très rare, et ça redescend aussi vite que c’est monté. Je n’ai pas le droit de porter un jugement sur cette personne même si je trouve que ce sont des risques considérables. Un toxicomane en consommation active, n’écoute personne.

 

Salle

Je suis médecin, en France le soin était souvent du point de vue de l’alcool avec mixité. On en est sorti depuis une dizaine d’années avec des antennes destinées aux femmes. Le choix de la fin du film m’intéresse sur comment vous avez mis en place cette idée d’aller inscrire sur un mur « menteuse », « tu ne t’en sortiras jamais » de prendre des pelles, des pioches, etc ? Comme s’il y avait une étape, et puis il y a un plan ou vous mettez de côté les outils à casser le mur, et c’est vous qui inscrivez...

 

Angèle (maman de choc)

C’est nous qui inscrivons et on était sûr que l’on allait péter le mur, mais vous remarquerez qu’il n’y a pas une brique qui bouge. Ça a donné une belle signification à vouloir casser ces mots, casser tout et que l’on ait juste pu repeindre par-dessus.

 

Salle

Cela montre bien la nécessité d’être militante !

 

Angèle (maman de choc)

Militante en ayant pas la possibilité d’y arriver. On était sûr que l’on allait casser le mur, c’était une maison en destruction, on allait donner trois coups de pioches, persuadées que l’on allait casser le mur et en fait on a dû s’adapter, et peindre par-dessus pour cacher ça.

 

Frédérique (maman de choc)

Moi ce qui m’effraie c’est que l’on a pas du tout été accepté, on nous a dit vous êtes des voleurs, des menteurs vous n’êtes pas bien. L’addiction à l’alcool elle peut être juste pire que la drogue, ça dépend comment c’est pris. C’est encore deux sujets différents, l’alcoolisme est reconnu comme une maladie mais pas la toxicomanie. Ce qui m’a fait mal au cœur c’est que nous avons dû repeindre, on n’aurait pas pu laisser ça au grand jour.

 

Salle

Juste un mot pour dire qu’en France et c’est pour ça que c’est important que vous témoigniez, la question des injectrices a été vraiment entendue, en revanche sur la question de l’alcool ça reste extrêmement silencieux.

 

Frédérique (maman de choc)

C’est inversé chez vous…

 

Salle

C’est inversé. En France actuellement, les femmes qui ont des problèmes de mésusage de l’alcoolisation avec le syndrome de l’alcoolisation fœtale avec une vision ou on sauve l’enfant, la mère après est presque dans une situation césarienne, on l’a jette… J’ai trouvé intéressant que vous passiez de la condition de mère a aussi ne pas oublier que vous êtes femme.

 

Frédérique (maman de choc)

Oui et même si on a des difficultés avec les addictions, en tant que mère on est capable de dire « je n’y arrive plus ». On est pas là pour dire « non ne lui enlevez pas les enfants, laissez-les », mais dès fois on est obligé, la situation est vraiment trop horrible. Il y a un accompagnement qui peut se faire après pour améliorer ça. Quand je vois certaines situations, je suis d’accord pour que l’enfant soit retiré mais je dis « ne coupez pas le lien ». On nous demande d’être mère à temps partiel et ça ne veut rien dire.

 

Patricia FONTANNAZ (Travailleuse sociale hors murs)

Et c’est vrai que tout ce partage d’expériences concrètes fait qu’elles développent aussi des stratégies pour faire avec d’autres contextes, le contexte social, le contexte politique actuel. C’est vraiment toute cette solidarité qui permet aux mamans qui arrivent, qui sont enceintes, de pouvoir bénéficier de l’expérience d’autres mamans qui connaissent ces enjeux, ces réseaux, ces stratégies à développer pour naviguer dans les meilleures conditions.

 

Frédérique (maman de choc)

On les connait ces professionnels…on les a usés.

 

Marijo TABOADA (Médecin psychiatre au DAPSA)

Comme ce n’est pas le même système, pour que l’on puisse faire des comparaisons, lorsque l’on a besoin de placer un enfant, ce qui peut arriver parfois, comment se fait l’accompagnement familial à ce moment-là ?

 

Patricia FONTANNAZ (Travailleuse sociale hors murs)

Ça dépend de tout, le problème c’est que sur le canton de Vaud, au niveau du service de protection de la jeunesse ça dépend sur qui on tombe. Les mamans et les parents que je rencontre, ils ont des récits différents, ça va se passer différemment selon si l’assistant social qui décide du placement a pu partager pour arriver à ce choix ou alors s’il l’a imposé et que c’est vécu comme violent. Pour l’instant il y a une palette de possibilités en fonction de la personne sur qui vous tombez dans ce service, ça va plus ou moins bien se passer.

 

Angèle (maman de choc)

C’est là aussi où il y a le choix de la mère, c'est-à-dire qu’il y a des mères qui accouchent, qui repartent le lendemain de leur consommation et qui laissent l’enfant. Pour certaines mères ça peut être un déclic énorme aussi. Avant il y avait ces maisons d’accueil mère enfant, moi j’y ai passé une année et demi, je faisais le même programme de thérapie que tout le monde. J’avais mon enfant de 8 mois, car j’ai fait la grossesse abstinente, et quand il a eu 8 mois j’étais trop fatiguée, je suis tombée malade, lui aussi et là j’ai reconsommé parce que pour moi c’était le seul moyen pour tenir le coup. Et puis je me suis dit que je devais me soigner pour les vingt années suivantes et je suis partie un an et demi dans un accueil mère enfant. On était très peu, deux, trois femmes. On avait une journée de travail, le matin je m’occupais de mon fils après j’allais travailler comme tout le monde, à midi je m’en occupais aussi, après de nouveau au travail, groupe thérapeutique, etc…Le soir j’étais avec lui, comme une vie de femme qui va travailler toute la journée. C’était très dur mais en même temps c’était des traitements qui menaient à l’abstinence complète, on rentrait dans cette maison c’était avec zéro substitut, zéro Dafalgan. Ça c’était génial mais ça n’existe plus parce qu’au bout de dix ans il y a une conseillère fédérale de la santé, Ruth Dreifuss, qui a préféré donner des substituts à tout le monde et il fallait être double diagnostic, donc toxicomane ça ne suffisait pas, il fallait être bipolaire, dépressif plus toxicomane pour que votre traitement soit payé. Ils ont donc fermé ces maisons et ils donnent à tout le monde des doses phénoménales de méthadone qui peuvent être parfois plus que certaines consommations. Pour moi le prochain objectif est de réussir à faire réouvrir ces maisons.

 

Frédérique (maman de choc)

Je veux juste revenir sur les placements. Je vais vous donner une image. Quand on nous enlève un enfant ça peut se passer comme une femme qui accouche d’un prématuré, qui descend qui n’est pas vraiment avec elle mais il y a tout un accompagnement. Il y a le placement quand c’est la mort subite, on vous enlève votre enfant, vous n’avez plus rien à décider, vous n’avez plus aucune crédibilité par rapport à votre enfant et ça c’est très douloureux parce que en tant que mère on vous dit « pour le bien de votre enfant et de vous-même on va placer votre enfant » et parfois ce n’est pas toujours utile. Il y a une colère qui est en nous parce que on ne nous enlève pas nos enfants comme ça, on est des lionnes, on protège nos enfants. C’est dur de ne pas baisser les bras en fait, de prendre notre rôle de mère à 100% alors que l’enfant il n’est plus là, que d’autres gens décident pour lui, vous le voyez un week-end sur 2. Vous pouvez faire tout ce que vous voulez, un lien est coupé c’est horrible. Il pourra voir tous les pédopsychiatres qu’il veut, il y a un lien qui est malheureusement coupé, et l’on doit faire avec ça. Chez nous malheureusement ça arrive parfois que les enfants reviennent, on nous demande tellement de choses et deux fois sur trois ils ne reviennent pas, déjà parce que l’enfant, il se retrouve dans une famille d’accueil où il y a du matériel, des activités, des gens sains, une stabilité, qu’ils ne vont peut-être pas avoir chez nous. Quand l’enfant a 17 ans, vous lui demandé où il veut être, où il y a de l’argent ? où là il n’y en a pas ? c’est vite réglé. Ce n’est pas qu’il n’aime pas sa mère.

Parfois nous on a des soucis, ça ne veut pas dire que l’enfant il a des soucis, ce n’est pas toujours en fonction de mes enfants, je les aime très fort mais j’ai aussi des soucis en tant que personne et femme. On m’a posé la question « est-ce que votre fils il est au courant de tout ? », oui pour ma part il est au courant de tout. Par exemple à Lausanne, quand je montre le film, je vois les gens attentifs, quand ils rentrent à la maison peut être qu’ils sont enthousiastes de dire j’ai vu un super film en cours, ils s’appelaient Frédérique et Louis. Frédérique et Louis il n’y en a pas plusieurs et je leur dis « faites attention au secret professionnel ». Peut-être qu’un jour mon fils va détester les toxicomanes, moi je protège mon fils de ne pas le mettre là-dedans car je tiens à ce qu’il ait une vie normale. C’est mon choix de me battre pour cette cause mais lui, je le mets un peu en dehors. Le secret professionnel peut faire d’énormes dégâts, il faut donc faire attention à ça, même si parfois c’est sans le vouloir.

 

Marijo TABOADA (Médecin psychiatre au DAPSA)

Il a vu le film ? Vous en avez discuté ?

 

Frédérique (maman de choc)

Oui les deux ils l’ont vu mais je les laisse en dehors de ça, car ça ne leur appartient pas, je ne veux plus que ça leur appartienne.

 

Salle

C’est un vrai sujet autour de cette temporalité, c'est-à-dire on vous voit c’est en 2011, vous êtes la maintenant bien vivantes, bien présentes, en souriant avec humour. Vous êtes parties de l’angoisse, on le voit par rapport au film. On a vu avec des patients aux prises avec l’alcool que le temps n’avait pas été perçu, cinq ans, huit ans après, on est encore là. C’est très intéressant de savoir quelles sont vos règles du jeu au fond.

 

Patricia FONTANNAZ (Travailleuse sociale hors murs)

On peut les modifier, on peut décider ne de plus présenter ce film.

 

Frédérique (maman de choc)

On a dit qu’on arrêterait quand on aura vu plusieurs professionnels, quand il y aura eu assez d’informations et puis comme dit Angèle, on a d’autres projets, à un moment donné il faut que ça s’arrête.

 

Marijo TABOADA (Médecin psychiatre au DAPSA)

Et alors vos projets on peut les connaître ? Ou c’est votre secret encore ?

 

Angèle (maman de choc)

Ce serait justement de mobiliser, que ce soit des politiciens, depuis le temps que l’on présente ça il y a des gens qui sont pour refaire des maisons d’accueil pour que les mères aient des temps de repos car il n’y a pas seulement l’idée d’aller faire une thérapie pour deux ans. C’est qu’à un certain moment, les femmes arrivent à un stade d'épuisement qui font qu’elles n'osent même pas le dire, elles ont des problèmes à la maison, dans leur couple. Des fois il leur faudrait juste deux, trois semaines ou elles puissent aller souffler quelque part, mais il n'y a aucun endroit. Elles ont tellement peur de parler et qu’on les sépare de leur enfant, qu'elles rament, elles rament et puis ensuite on a une ou deux qui se retrouvent à l'hôpital d'épuisement parce qu'elles rechutent.

Il y a un médecin qui s’occupent de femmes à la maternité à Lausanne qui est intéressé pour rouvrir un lieu d'accueil comme ça, mobiliser toute une équipe de gens qui aient un peu de poids et qui soient prêts à se lancer dans ce projet. Moi je souhaiterai arriver à aller jusqu'à couper le ruban. Cette maison m’a tellement apporté que c'est important pour moi.

 

Salle

Je voulais juste vous demander, au tout début de votre expérience avant de lancer le projet du film, comment vous vous êtes rencontrées ?

 

Patricia FONTANNAZ (Travailleuse sociale hors murs)

Elles connaissaient mon collègue d'abord avec qui je travaillais, puisque l'on travaille seul dans la rue, c'était une rencontre individuelle comme ça au fil du temps.

 

Salle

Des rencontres individuelles dans la rue, c'est comme ça au tout début ?

 

Angèle (maman de choc)

On s’est fait viré d’une institution avec par exemple 50 francs pour dix jours dehors, et puis il y a la soupe populaire, et une fois par mois, j’allais manger là-bas et j'ai rencontré Patricia. Frédérique et moi on ne s'aimait pas du tout donc on ne se parlait pas, il y en a une autre que je croisais que je n'aimais pas trop mais elle m'a dit "viens !".

Au final, tous les jours on se connaît, on s'est croisé pendant vingt ans.

 

Patricia FONTANNAZ (Travailleuse sociale hors murs)

Mais il y a tout ça, les conflits, les tensions, les enjeux. Ce sont les rencontres dans la rue, le côté spartiate, mais je pense aussi que ce sont les bonnes conditions étant donné que je travaille avec la libre adhésion, la confidentialité, il n'y a pas de dossier. C'est là aussi que j'ai pu entendre tous ces défis autour de la parentalité, c’était les bonnes conditions pour pouvoir dire « je consomme mais je suis parent ».

 

Frédérique (maman de choc)

C'est vrai que l'équipe de Patricia, ce sont des gens avec qui vous prenez le temps de parler dans la rue, de prendre un café et de vous libérez, vous leur parlez de vos soucis et eux ils vous donnent des pistes, et après vous repartez dans votre vie. Ils servent à ça, à avoir des petites haltes pour de l'aide mais sans avoir besoin de faire un papier, c'est ça qui est important. A Lausanne, il y a beaucoup de gens qui les connaissent, donc ils n'ont même pas besoin de se présenter, les gens ils aiment beaucoup aller vers eux, parfois vous savez il suffit de pas grand-chose, si ce n’est juste un peu d'écoute. C'est comme une opération, l'anesthésiste il te tient la main deux minutes, et ça suffit pour ne pas faire quatre séances d'hypnose pour ne pas avoir peur.

 

Patricia FONTANNAZ (Travailleuse sociale hors murs)

Les bonnes conditions pour pouvoir durer, c'est important. C'est un milieu dans lequel il y a beaucoup de changement, les personnes changent dans les services, les centres. Il y a un important turnover chez nous.

 

Angèle (maman de choc)

La chose aussi que je cautionne, et là encore quatre ans après c'est parce que justement il y a un projet porteur. Je pense que le café des mamans n'existerait plus s’il n'y avait pas eu de film, et c'est pour ça qu'il lui faut un nouveau projet. Il faut que l'on puisse avoir un espoir de faire avancer les choses, pour continuer à être ensemble et de ramener les gens. Souvent on entend « nous aussi on aimerait bien faire un café comme ça », mais ça ne se fait pas. C'est très important d'avoir un projet commun comme par exemple, entre Patricia, nous, les autres mamans, qui nous donne envie d'avancer et de servir à quelque chose.

 

Frédérique (maman de choc)

Le problème c'est qu'en Suisse, il n'y a qu'une seule Patricia et c’est nous qui l’avons !

 

Rosine REAT (Psychologue clinicienne au DAPSA)

J'ai une question sur la constitution du groupe, je travaille au DAPSA, et aussi dans un CAARUD, et dans ce CAARUD il s'est monté un groupe de femmes. Dans ce que vous racontiez au début c'était effectivement des femmes qui se connaissaient mais il y avait quand même des antagonismes avec les bons côtés de l'histoire mais aussi ses mauvais côtés. Ça a été assez long pour pouvoir faire groupe, faire collectif. En théorie tout à chacun on est tous assez motivé mais il y a parfois des difficultés. J'aimerai que vous expliquiez qu'est ce qui a fait que ça a pris. Vous avez en partie répondu que c'était une histoire de projet mais qu'est ce qui a fait que ça a pris entre vous ?

 

Frédérique (maman de choc)

On a pas de conflit dans le privé entre nous, par exemple si on était encore toutes les deux dans la consommation, et que l'on aurait des conflits de business ou de mec ça ne marcherait pas du tout.

 

Rosine REAT (Psychologue clinicienne au DAPSA)

Là maintenant d'accord, mais au début, avant que vous ayez une histoire commune depuis plusieurs années ?

 

Patricia FONTANNAZ (Travailleuse sociale hors murs)

Pour moi ce qui les a rassemblés c'est leur casquette de maman, et là vraiment c'était porteur, mobilisateur, déjà dans la rue.

 

Angèle (maman de choc)

Il y a eu tout de suite cette histoire de film.

 

Rosine REAT (Psychologue clinicienne au DAPSA)

Ce n'était pas les mêmes raisons pour chacune ?

 

Frédérique (maman de choc)

Peut-être c'est la magie, c'est comme ça, ça s'est fait, on ne peut pas le savoir. C'est vrai que l'on ne pariait rien sur nous deux, d'avoir cette complicité et que ça fonctionne, mais on parle des mamans on ne parle pas de notre histoire. Je ne sais pas pourquoi ça marche. On est tourné vers l'avenir plus que sur le passé.

 

Angèle (maman de choc)

C’est aussi le besoin d'être utile. Dans nos vies de maman, vu que l'on ne travaille plus, on est à moitié cassé, on a pas d'activité, c'est porteur de faire quelque chose, ça revalorise d'exister à travers un projet.

 

Salle

Je voulais savoir si vous aviez l'impression que le regard n'est plus tourné vers vous, mais parmi les nouvelles femmes, les mamans qui entrent dans ce groupe. Est-ce que ça a changé des choses ? la prise en charge est-elle différente ?

 

Frédérique (maman de choc)

Moi je pense que le changement va être très long, c'est juste la graine dans la terre et ça va pousser. C'est comme Simone Veil, mai 1968 ça ne s'est pas fait en 2 jours. J'ose imaginer que ça change un peu, mais c'est encore compliqué.

 

Angèle (maman de choc)

C'est visible à chaque fois que l'on présente le film à des futurs assistants sociaux, parce qu'il y a une jeunesse qui arrive qui est plein d'espoir. Dès fois quand j'allais présenter ce film, je voyais des gens qui arrivaient près de la retraite, mais je les voyais déjà frustrés, blasés, comme s’ils n'y croyaient plus en leur projet. Je leur dit, à ce niveau-là, allez faire du jardin ! Parce ce que, ce qu'il ne faut pas oublier c'est que l'on travaille avec des êtres humains.

 

Frédérique (maman de choc)

Dès fois le problème c'est que la hiérarchie, elle ne suit pas. J'ai rencontré un assistant social qui était plein de bonne volonté mais son patron était obtus, c'était comme ça et ça ne fonctionnait pas. J'essaye de les rendre attentif, leur dire que dès fois ça peut ne pas bien se passer mais qu’il faut qu'ils y croient encore. Après c'est clair, je sais que vous en tant que professionnel, vous avez des comptes à rendre, vous êtes obligé de faire des choix qui ne vous font pas forcément plaisir. C'est quand même très dur ces situations pour la personne et pour les professionnels. Pour travailler avec des gens comme nous, il faut être solide.

 

Patricia FONTANNAZ (Travailleuse sociale hors murs)

En ce qui me concerne, ce n'est pas rien pour moi de faire cette expérience d'avoir co-construit, d'avoir pris ce risque, de ne pas prévoir à l'avance ce qui va se passer dans ces débats. On voit bien que l’on n’a pas répété les choses dans un scénario, il y a un chemin parcouru, c'est en fonction de ce qui est en train de se passer ici, mais c'est imprévisible, on y va ensemble, vous et nous. C'est cette posture aussi que je partage et je pense que ça peut donner des idées aux personnes qui sont là.

 

Salle

Je suis responsable d’un centre parental qui accueille des jeunes couples avec enfant, qui peuvent avoir des problèmes de toxicomanie. Votre intervention me pose plusieurs réflexions et questions.

D'une part ça nous ramène à une grande modestie sur le travail que l'on veut faire parce que c'est vrai qu'en tant que professionnel on est souvent dans une démarche à se dire « il faut que ça marche, que ça produise des résultats » et on oublie souvent qu'en fait il y a des personnes qui sont tout à fait aptes comme vous le disiez justement toutes les deux, aptes à nous dire ce dont elles ont besoin, là où elles en sont, leurs difficultés, leurs réussites. Une autre réflexion, c’est que nous avons rencontré une grosse association à Lausanne, qui prend en charge des personnes plutôt sur le handicap psychique, il se trouve que ces personnes-là parfois, elles ont aussi envie d'avoir des bébés, et elles expriment très clairement les difficultés que vous avez évoqué, à savoir emmener une jeune femme en début de grossesse consulter un médecin, que le médecin ne s'adresse absolument pas à la jeune femme mais s'adresse uniquement au professionnel. Il y a des similitudes comme ça, ou à partir du moment où l'on est différent, la question de la maternité elle n'est pas acquise de droit. On est d'abord un toxicomane, d'abord un handicapé mental mais pas forcément en capacité à devenir mère. Une question par contre, vous n'avez pas songé à faire un autre film pour marquer un peu cette avancée, tout ce qui a produit ce travail considérable que vous avez consacré à ce témoignage ? Vous avez rencontré des professionnels, j'espère que vous allez rencontrer des politiques pour leur montrer le film, et je me disais pourquoi pas faire un film dans lequel les politiques seraient interpellés, après on prend les décisions, on ne les prend pas... On ne peut pas rester sans réflexion face à un témoignage comme le vôtre.

 

Angèle (maman de choc)

La deuxième action de faire un film, ça a été de faire de la recherche, c'est ce qui a pris la place de la suite de ce film.

 

Salle

Malheureusement les recherches on sait ce que ça donne aussi, c'est à dire que c'est toujours très mobilisateur, après ce que ça produit, il y en a quelques-unes qui permettent des modifications y compris dans les textes législatifs mais c'est quand même à la marge malheureusement.

 

Frédérique (maman de choc)

Je pense qu'en effet oui ce sont les politiciens qui ont les moyens de décisions et de financement, mais imaginez que je téléphone à Macron pour lui expliquer mon cas par exemple, je vais avoir du mal à réussir déjà. Il y en a certains qui évoluent dans le social, qui ont vu notre film mais pour eux la recherche est importante, elle rend crédible notre message. Nous on ne peut pas tout mobiliser, l'évolution se fera aussi avec les autres mamans qui peut être auront envie de faire un film. Par rapport à ce que vous disiez sur le côté psychique, même l'addiction, du moment que l'on comprend notre maladie, on peut fonctionner avec. Il y a un accompagnement au niveau des médecins, des professionnels. Il n'y a aucune statistique, ni vérification qui dit « tu es toxicomane, tu ne peux pas être parent ». C'est écrit nulle part. Je ne vous dis pas que quand la drogue prend le dessus c'est juste pas possible mais il y a des mères qui consomment un sniff par jour pour être bien. Premièrement ça enlève les douleurs physiques de pleins de choses et deuxièmement c'est comme la personne qui boit un verre de vin. Ce qui ne va pas c'est la personne qui boit énormément de vin. Et puis quelqu'un qui consomme de la cocaïne ce n'est pas la même approche que quelqu'un qui consomme de l'héroïne.

 

Salle

Nous sommes un certain nombre de « spécialistes » dans la salle mais on sait à quel point ne serait-ce que les quatre premiers mois, un enfant qui est dans la rencontre avec ses parents c'est fondamental pour lui, même si vous le dites très honnêtement peut être que la séparation est inéluctable et qu'il faut la faire dans l'intérêt de l'enfant. Les premiers temps de partage et de rencontre entre les parents et les enfants sont fondamentaux, donc travaillons un peu ça.

 

Frédérique (maman de choc)

Un médecin quand vous êtes en cure méthadone et enceinte, ce qui était mon cas, le médecin préfère que vous n'arrêtiez pas pour ne pas que ce soit mauvais pour le bébé, le problème c'est que moi je n'avais plus aucune consommation et même les professionnels dans le milieu médical ne sont pas au courant de l'effet de la morphine sur le bébé. On leur donne, ils appellent ça des scores. Le problème c'est qu'un jour mon fils était irritable, on lui a donné du phénobarbital, la chose qui est pire et qui n'existe plus. Imaginez un enfant qui a un sevrage avec un tel médicament. Les effets secondaires du sevrage en général chez les enfants peuvent se caractériser par un strabisme, des tremblements, des problèmes d'inattention. Un jour mon fils m'a dit « pourquoi je tremble ? ». Il avait vu une émission là-dessus, donc voilà il sait, malheureusement il tremble parce qu'il a eu un sevrage. Mais les médecins là-dessus ne sont pas au courant de quelle dose leur donner, quelle dose ne pas leur donner. Mon fils apprend à vivre avec mais c'est dû à ça.

 

Patricia FONTANNAZ (Travailleuse sociale hors murs)

Je pense qu'il y a des problèmes de communication pour des questions qu'ils ne posent pas forcément. J'avais entendu un couple, la femme était à la maternité, elle avait accouchée, le médecin arrive pour leur faire un cours sur les risques des bébés secoués et ils disaient « on pense que c'est juste pour nous parce que nous sommes un couple de toxicomane ». Il y a des malentendus de la sorte qui créés des divisions qui se figent. Ils ne savaient pas si le médecin était venu spécifiquement pour eux parce qu'ils étaient considérés « à risque ».

 

Salle

J'avais une question justement sur la spécificité du regard qui est posé et sur celle de votre groupe, parce que comme vous le dites très bien il y a la spécificité et puis il y a pleins de questions transversales qui là, différemment pour les unes et les autres qui peuvent être d'être parent isolé, parent sans conjoint, parent qui n'ont pas de famille autour. Je voulais savoir si vous étiez impliquées dans ce groupe spécifique de mamans qui consomment ou qui ont consommés ou si vous aviez la tentation parfois de partager comme beaucoup de mères des groupes d'aide à la parentalité qui rencontrent d'autres spécificités ?

 

Frédérique (maman de choc)

Moi personnellement, je suis allée dans un endroit qui s'appelle « La maison ouverte », établissement ouvert par Françoise DOLTO à Lausanne. Je me sentais carrément en décalage, et c'est tellement tabou cette situation que tout à coup vous voyiez les mères qui prennent les enfants dans les bras et qui vont ailleurs car elles se disent "il va attraper une maladie". Il y a encore des gens qui ont une mauvaise idée de la toxicomanie, il y a par exemple une place à Lausanne où les étudiants disaient « les drogués sont dehors, ils sont tout sales », etc... Non ! ce n'est pas que ça les toxicomanes. Toxicomane ce n'est pas facile de l'avouer et de le partager avec d'autres mamans, on peut partager nos soucis de maman, mais avec cette problématique moi je n'y arrive pas.

 

Patricia FONTANNAZ (Travailleuse sociale hors murs)

J'ai souvent conseiller des espaces de parents, de tout horizon mais les personnes que je rencontre ne se reconnaissent pas dans ces groupes.

 

Angèle (maman de choc)

Rien que par rapport à la suspicion d'être séropositif, ils font deux bonds en arrière !

 

Frédérique (maman de choc)

Il y a tellement de gens qui croient encore que le sida s'attrape juste par le fait de se faire la bise !

 

Marijo TABOADA (Médecin psychiatre au DAPSA)

Ici on est dans une situation un peu paradoxale car on peut avoir l'impression que d'être maman toxicomane facilite les choses, vous avez des lieux de soins mères bébés pour des consommatrices de produits mais si vous n'êtes que déprimés c'est pas de chance vous vous débrouillez ! On a la situation inversée, on a des mamans qui pourraient avoir besoin d'un lieu comme le vôtre mais elles ne consomment pas les pauvres, ce n'est pas de leur faute, et elles n'ont pas de lieu pour se retrouver.

 

Salle

Petite question technique, vous étiez hors les murs…vous allez dans un café, quelle a été la posture du café ?

 

Patricia FONTANNAZ (Travailleuse sociale hors murs)

Le choix du café c'était pas n'importe lequel, c'est comme un Carrefour chez vous en France, c'est un centre commercial avec un self-services et des entrées un peu partout. Il y en a eu un premier, mais la présence de la caméra n'était pas acceptée, du coup on a changé d'endroit, les gens y sont adorables, il y a une terrasse qui donne sur la ville. Ils voient arriver le groupe, on est là tous les jeudis matin.

C'est un endroit assez idéal, c'est pour cela qu'il dure dans cet espace. C'est le matin car dès 11heures il y a beaucoup de monde dans cet endroit et ça ne serait pas possible.

 

Frédérique (maman de choc)

Au début on était très enthousiastes, on voulait aller recueillir du monde, aller les chercher, mais maintenant on accepte le nombre de personne que l’on a.

 

Angèle (maman de choc)

Quand on est deux ou trois parfois ça permet des conversations entre nous et d'autres fois on se trouve en tête à tête avec elle et c'est un autre moment où l'on peut se raconter d'autres choses. En cinq ans, Patricia ne s'est jamais retrouvée toute seule je crois.

 

Patricia FONTANNAZ (Travailleuse sociale hors murs)

Mais je me suis toujours posée la question pourquoi elles ne viennent pas quand je ne suis pas là. Ce rôle de témoin de leur mobilisation est très important, je ne fais que relever ce qu'elles font, les échanges, la solidarité parce qu’elles me le racontent et je le rends visible à leurs yeux. Ce rôle à du sens dans cette action communautaire. Elles se retrouvent ailleurs entre elles, elles ont des espaces à elles.

 

Frédérique (maman de choc)

Patricia en plus de ça, elle sait ne pas rester que dans son rôle de professionnel avec nous. En face d'elle, on voit quelqu'un qui nous élève, qui nous accompagne. C'est important d'avoir une distance mais aussi de savoir aussi parfois la descendre.

 

Marijo TABOADA (Médecin psychiatre au DAPSA)

C'est important la question du projet, c'est à dire que l'on fait groupe parce que l'on pense que quelque chose nous dépasse. Ce que vous nous apportez c'est que ce n'est pas un projet apporté par un professionnel mais un projet qui est né de vous. Il y a un aspect que vous avez évoqué mais sur lequel on pourrait continuer à travailler, les travailleurs sociaux, les professionnels qui peuvent crapahuter dans la rue pendant, 10, 20 ans, c'est la question de la formation. Maintenant je ne suis plus formée, je suis formateur donc je raconte ce que je crois savoir ou ce que j'ai appris, mais ce que nous n'avons pas ou peu et que l'on pourrait mettre en avance c'est comment ceux qui sont en situation transmettent quelque chose de leur besoin ? Est-ce que l'on ne pourrait pas réfléchir ensemble à des modules, qui permettraient à ces personnes de nous parler, de nous faire confiance, et qu’ils puissent nous faire entendre leurs besoins ? C'est ce que vous faites un peu puisque vous allez dans une école de travailleurs sociaux, je pense que c'est un projet sur lequel on pourrait travailler, de pouvoir continuer en formation initiale de donner les moyens à ces professionnels d'être dans un échange direct ce qui permettrait de se mettre en position de co-construction.

 

Patricia FONTANNAZ (Travailleuse sociale hors murs)

On va par exemple depuis deux ans, dans une école qui forme les futurs travailleurs sociaux, on est invité chaque année.

On a oublié de raconter, au départ en 2010, l'un de nos tout premier projet pour parler de la parentalité, avait été de réaliser un agenda que l'on pouvait imprimer sur un site, et les femmes y avaient mis des photos d'elle, de leur enfant, de leur parcours, de leur histoire.

 

Salle

Je n'ai pas de question particulière mais votre témoignage aide beaucoup à se remettre en question dans nos pratiques. Vous avez parlé de manipulation en disant que l'on vous traite de menteuse, vous avez parlé de droit à l'enfant, ce sont des points qui mériteraient que l'on puisse en parler longtemps. Vous avez également parlé d'être irréprochable, vous n'avez pas le droit de péter les plombs, on ne vous laisse rien passer. Vous parlez d'étiquette. Il y a ces notions que je vais essayer de garder tout le temps même si j'essaye dans la mesure du possible de les avoir toujours à l'esprit, mais c'est vrai que quand on est le nez dans le guidon, que l'on enchaine les entretiens avec des gens, on ne fait pas forcément le distinguo alors que c'est excessivement important. Quel que soit la personne qui est en face de soi, nous, nous sommes dans le quotidien, dans quelque chose d'habituel alors que vous vous êtes dans quelque chose d'exceptionnel, et vous êtes un individu à part entière. On a tendance à perdre de vue ça à certain moment et les moments comme aujourd'hui où l'on vous entend vous, sont importants, tout comme nous faire partager ce que vous ressentez quand vous êtes avec nous qui essayons et qui travaillons pour vous, pour trouver un terrain d'entente. Le but étant que chacun fasse un bout de chemin dans cet espace de communication qui va vous aider à être mieux et à progresser. En tout cas merci de tout ce que vous avez dit, c'était très fort.

 

Salle

Je suis Sylvain, je suis éducateur dans la structure qui vous accueille cette après-midi, on ne s'est pas encore bien coordonné avec les deux associations mais on fera mieux la prochaine fois. Du coup, je voulais vous remercier, parce que ça fait vraiment du bien d'entendre vos discours, vos mots qui sont humains, et du terrain.

Je pense que ce film aurait pu s'appeler aussi "micro ouvert", « donner la parole » et que ça puisse permette aux professionnels de se remettent un peu en question, parce que parfois en effet comme disait la collègue on peut être aussi la tête dans le guidon et se retrouver en mode tout puissant, alors que le professionnel n'est pas tout puissant.

J'ai beaucoup aimé aussi cette histoire de co-construction, de rencontre. En tout cas nous, on a préparé votre venue en mettant des affiches et rien que de mettre des affiches ça a déjà amené quelque chose et c'était bien parce qu'il y a des mamans qui sont venues nous voir en disant « c'est super bien » et d'autres mamans qui ont dit « non je ne veux pas voir ça car ça ce sont des mamans qui s'en sont sorties et du coup ça va nous renvoyer dans notre merde ». Il y en a d'autres aussi qui nous ont dit, « il n'y a pas les papas ? Papas de choc ? ». Ce que j'ai retenu aussi c'est cette liberté dans laquelle s'est faite ce projet. Nous on a encore la chance d'être assez libre dans l'association où je travaille, on milite pour défendre cette liberté mais on est quand même à l'heure des financements, des actes, et on est quand même obligé de tenir compte de ça. Ce qu'on voit aussi avec les mamans que l'on accueille c'est que souvent elles savent faire. On a une maman par exemple qui vient et qui demande à utiliser l'ordinateur, à chaque fois on lui dit « oui vous pouvez il n'y a pas de souci », et en fait elle souhaite essayer d'envoyer des mails et au final cette personne elle sait faire, et je lui dis « vous savez le faire ». Elle veut juste que l'on s'assoit à côté.

Je trouve ça aussi génial que vous puissiez intervenir dans les écoles de formations et après je pense que c'est bien aussi d'avoir des petites piqûres de rappel parce même si on va se former dans les écoles, ensuite quand on est dans une association, sur le terrain, on a tendance à oublier, et à être pris par les financements et tout ça. J'ai vraiment hâte de vous présenter notre structure cette après-midi.